Dernière saison pour la formation agricole au Likès (1945-1957)

« Rouverte par son ancien directeur, le Frère Jaouen, la section, forte d’une longue expérience, est repartie avec l’ambition de donner, comme par le passé, à nos populations rurales des hommes bien au courant de la science agricole et décidés à utiliser dans leurs exploitations les derniers perfectionnements de la technique. »

De 1948 à 1953, dernière année où sont notés, dans le palmarès, les succès au Brevet agricole, 72 likésiens vont décrocher ce diplôme. L’évolution du nombre de lauréats montre bien le déclin rapide de la section (15, 7, 17, 16, 11, 6).

L’Agriculture, une des options techniques obligatoires

La section agricole n’est plus une section autonome. Les élèves qui suivent la formation agricole peuvent être inscrits dans n’importe quelle série classique, moderne ou technique. Une structure qui va de la 6ème aux classes terminales se met rapidement en place. Les classes techniques sont intégrées à cette structure unique en 1946-47.

L’agriculture n’apparaît plus dès 1947-48 dans la liste des programmes donnant lieu à des prix mais fait partie des spécialités ou options techniques obligatoires.

Le Palmarès de 1947 met en valeur cette philosophie, déjà plus que centenaire au Likès, d’un enseignement à la fois général et technique, dans un article intitulé : « Culture et Formation Technique » dont voici quelques extraits :

« Tout en gardant à l’enseignement général des différentes sections secondaires, classique, moderne, technique, leur caractère humaniste traditionnel, la nouvelle organisation a la prétention de donner à l’homme d’aujourd’hui une éducation plus complète et de le préparer plus efficacement à remplir un rôle actif dans la Société moderne.

Elle y parvient en renforçant les disciplines ordinaires par une option technique obligatoire. Cette option comprend trois branches :

Sténo, dactylo, comptabilité.
Techniques agricoles.
Techniques industrielles : travail du bois, mécanique, électrotechnique.

Chacune de ces trois options comprend :
des cours théoriques (technologie) ;
des cours pratiques (laboratoires, ateliers) ;
des visites d’information pratique (fermes, banques, usines)…

Sans négliger les sections commerciale et agricole, l’effort de ces dernières années s’est porté sur les sections mécanique et électrotechnique, les plus demandées par notre clientèle. »

En suivant le parcours scolaire des élèves qui ont obtenu le brevet agricole en 1948 et en 1949, on observe cette diversité des parcours.

Brevet Agricole 1948

Élèves ayant suivi les classes classiques (5ème C, 4ème C, 3ème C)
Alexis BOTHOREL, de Quéménéven ; René DANION (Bien), d’Ergué-Gabéric ; Jacques EUZEN (Très Bien), de Kerlaz ; Pierre TERSIGUEL, de Lennon

Élèves ayant suivi les classes modernes (5ème M, 4ème M, 3ème M)
François BRELIVET (Assez Bien), de Pluguffan ; Joseph GUÉGUEN (Assez Bien), de Moëlan ; André LE MENN (Très Bien), de Landrévarzec.

Élèves ayant suivi les classes techniques (1ère TA, 4ème TA, 3ème TA)
Yves DOUGUET (Bien), de Lopérec ; Jean FÉREC, de Cast ; Alain GOUÉROU (Bien), de Cast ; Yves GOUÉROU, de Briec-de-l’Odet ; Yves LE DU, de Briec-de-l’Odet.

Élèves ayant suivi les classes techniques (1ère TB, 4ème TB, 3ème TB)
François GUÉGUEN (Assez Bien), d’Elliant ; André KERDAVID (Bien), de Riantec ; Charles LE BERRE, d’Elliant.

Brevet Agricole 1949

Élève ayant suivi les classes classiques (5ème C, 4ème C, 3ème C)
Pierre GOAVEC, de Saint-Coulitz

Élèves ayant suivi les classes modernes (5ème M, 4ème M, 3ème M)
Marc DORNIC, de Pluguffan ; Pierre GUENGARD, du Passage-Lanriec ; Jean GUYADER, de Briec ; Corentin TANGUY, de Ploëven.

Élèves ayant suivi les classes techniques (5ème Tech, 4ème Tech, 3ème Tech)
Pierre BLEUZEN, d’Ergué-Armel ; Corentin LE LANN, de Langolen

Les Professeurs

Le Frère Jaouen ne reste que deux années au Likès. A la rentrée 1947-48, il est nommé à Arradon (Morbihan).

JPEG - 66.2 koFrère Jean-Pierre Jaouen

Il est remplacé par un professeur de Maths et de Sciences mais aussi d’Agriculture, le Frère Laurent.

« Le Likès » n° 18 de janvier 1948 le présente ainsi :

« Le Frère Laurent qui faisait, suivant l’expression populaire, la pluie et le beau temps à Ploudalmézeau, était tout désigné pour remplacer le Frère Jaouen - appelé à d’autres fonctions - car lui aussi est un spécialiste des questions agricoles. Les 3 mois qui viennent de s’écouler ont suffi, tant en ce qui concerne la théorie que la pratique à prouver que si la terre a des secrets, le nouveau titulaire de la section agricole connaît la façon des les lui arracher. De plus, les élèves de 4ème moderne dont leur professeur est enchanté, disent que les heures passent trop vite quand ils font des Maths et des Sciences… »

JPEG - 37.5 koFrère Laurent dans le palmarès 1947-48

A la rentrée de 1952, le Frère Laurent est nommé à Guiscriff. « Le Likès » de septembre 1952 présente les différentes facettes de ses talents.

« Plouguerneau et Ploudalmézeau avaient connu l’activité débordante du Frère Laurent avant que la mutation du Frère Jean Jaouen ne l’appela à diriger, en 1947, la section agricole du Likès. Il sut mener de pair la théorie et la pratique, se dépensant à sa façon, c’est-à-dire sans compter, au service de la terre bretonne qu’il affectionnait en connaisseur.

Faut-il rappeler que la ferme du Likès lui doit ses plus récentes modernisations et que l’achat d’une trayeuse et d’une couveuse électriques ainsi que d’un motoculteur traduisait sa volonté de ne rester indifférent à aucun progrès de la technique agricole.

Mais là ne s’arrêtait pas le zèle du Frère Laurent. Professeur de mathématiques et de sciences, d’abord en 4ème Moderne, puis en 3ème Technique A, en 3ème Moderne et en 2nde Classique et Moderne, il y montra le même allant que celui qu’on lui connaissait sur les terrains de sports quand il menait nos footballeurs cadets et juniors à la victoire, ou que lui-même se dépensait comme goal au match traditionnel de la Saint-Eloi [1].

Devenu capitaine du Joseph-Salaün [2], cet été, quiconque l’a vu à la barre doit reconnaître la facilité extrême avec laquelle il s’adaptait aux situations les plus diverses.

Ce sera son meilleur atout à Guiscriff, celui qui lui permettra, sans oublier le Likès où il s’est dévoué cinq ans, de donner le meilleur de lui-même à l’école la plus récente des Frères des Ecoles Chrétiennes dans le Morbihan. »

Le Frère Laurent est remplacé par le Frère Gildas. Il s’agit d’une permutation puisque son successeur était précédemment à l’école Saint-Joseph de Guiscriff, qu’il reprend les cours de mathématiques et de sciences et prend en charge la section agricole du Likès.

JPEG - 42.9 koFrère Gildas dans le palmarès 1954-55

La formation agricole

Les publications du Likès parlent peu de la section agricole. Elle ne concerne que quelques unités dans une population qui atteint le millier d’élèves.

Dans cette rubrique histoire(s), un document raconte une promenade à la ferme.

Les excursions complètent et illustrent les cours théoriques. Le palmarès 1949-50 nous raconte une sortie qui a eu lieu au mois de mai 1950.

« Peu à peu la section agricole se réorganise, timidement les traditions d’avant-guerre reprennent. Les excursions agricoles sont venues jeter une note gaie dans la monotonie des révisions du 3e trimestre.

Le 11 mai, à 9 heures, un joli car de 20 places nous emmène de Quimper au riche pays de Scaër. 9 h. 45. Nous sommes sur les terres de Kerflouz, ferme de M. Croissant, conseiller général. L’accueil le plus sympathique nous est réservé et M. Croissant, malgré ses nombreuses occupations, tint lui-même à nous faire les honneurs de sa propriété : situation des lieux, coup d’oeil d’ensemble sur les bâtiments, puis revue de détail : étables, porcheries, écuries, hangars et poulaillers. Examen attentif d’un superbe troupeau « d’Armoricaines » qui paissait dans une immense prairie. De là nous admirons le cadre magnifique qui entoure cette ferme modèle.

Il est déjà midi... comme le temps passe vite ! Encore un coup d’oeil sur Kerflouz et en route pour la ville de Scaër. Deux minutes d’arrêt à l’école Saint Alain et par la route de Roudouallec nous rejoignons Tréouzal. M. Montfort indisposé depuis quelques jours regrette de ne pouvoir nous faire lui-même les honneurs des lieux. Le groupe électrogène et la motopompe attirent surtout notre attention.

Notre pilote, en la circonstance le cher Frère Yves, sous-directeur, nous dirige alors sur Crénorien où un groupe de quatre fermes frappe par le fini des constructions. Le temps nous presse et il faut faire vite. M. Le Gall nous fait visiter une étable récente, confortable et spacieuse et de plein pied avec le hangar à fourrages. La porcherie, d’une installation intérieure parfaite est d’une propreté irréprochable.

Dans chacune de ces quatre fermes nous trouvons des élevages avicoles, nous nous contentons de visiter ceux de M. Le Gall et Mme Le Floch.

Les aiguilles tournent toujours et à 15 h. 30 nous atteignons la « Grande Garenne », une superbe maison d’habitation et une ferme en chantier qui, une fois terminée, présentera un bel ensemble. Tout autour de la ferme, nous pouvons constater ce que l’intelligence et le travail tenace ont fait pour améliorer une exploitation de terre moyenne.

Le retour s’est effectué par Tourch, Laurent Cotten voulant à tout prix nous faire goûter son cidre, le meilleur cru du coin et le fameux « chouchen ».

Fin des cours et disparition de la ferme

Même si le brevet agricole ne figure plus dans les diplômes préparés au Likès, la formation fait encore partie des spécialités proposées. Cela durera jusqu’en 1957.

Frère Daniélou écrit :
« L’année 1957 verra définitivement disparaître des programmes likésiens les cours d’agriculture qui avaient si fortement marqué la vie de l’établissement, spécialement au XIXe siècle. Désormais les élèves désirant se perfectionner en agriculture ont à leur disposition des établissements, tel Le Nivot en Lopérec, pleinement adaptés à cette fonction. »

L’agriculture ne disparaît pas complètement des préoccupations des likésiens. En 1962, un Groupe d’Etudes Économiques et Sociales est mis en place. Il s’intéresse aux problèmes de la région en essayant d’y répondre par des solutions.

« Le G.E.E.S. procède par enquêtes, documentation, interviews, et étudie les divers problèmes qui se posent : démographie, agriculture, industrie, pêche, commerce, tourisme, habitat, moeurs, etc... »

Le groupe likésien s’intéresse aux trois secteurs principaux : l’industrie à Quimper, l’agriculture dans la région quimpéroise et la pêche sur la côte Sud, de Concarneau au Guilvinec.

Pour l’équipe chargée des problèmes agricoles, les visites de nombreuses exploitations agricoles, depuis les plus petites jusqu’aux fermes modèles, occupent les après-midi . Citons en particulier une ferme-pilote en équipement électrique (M. Le Viol), la ferme de M. Danion spécialisée dans l’élevage des bovins, enfin la C.U.M.A. (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole), groupant 14 agriculteurs de Guengat qui mettent en commun tracteurs, semoirs, herses, épandeuses, etc…

Dernier vestige de la formation agricole au Likès, la ferme va disparaître avec la restructuration complète du « Vieux Likès » entreprise par le Frère Le Viavant. La nouvelle façade sur le champ de Foire n’est pas encore totalement achevée qu’il annonce fin juin 1961, la poursuite des grands travaux avec en projet, le plateau de sports à la place du jardin, des chambres individuelles pour les grands élèves, un foyer par division

JPEG - 71.7 koLe plateau des sports au début de 1962. Au fond, les bâtiments de la ferme.

En juin 1962, les trois professeurs d’éducation physique ont à leur disposition les pistes, les aires de lancers, les sautoirs qu’exige l’entraînement méthodique des diverses spécialités d’athlétisme. Au centre, un grand plateau permet les sports collectifs de basket-ball, volley-ball et handball.

En 1969, la salle des sports est construite à la place de la Ferme.

JPEG - 78.9 koLe plateau des sports vu de la salle des sports en construction début 1969.

Les derniers vestiges de la formation agricole assurée au Likès depuis le 1er mai 1843 disparaissent.
Mais pas les 110 ans d’histoire qui sont encore présents dans la mémoire de l’école !

Retour à L’enseignement agricole au Likès, de 1838 à 1957

Notes

[1A l’occasion de la Saint Éloi, fête de la section industrielle, était organisé, début décembre, un match de foot profs - élèves

[2Durant l’été 1947,une équipe de professeurs a construit une vedette baptisée "Joseph Salaün"

Publié le : mercredi 26 juin 2013

LE LIKès | La Salle - Quimper

20, Place de la Tourbie - 29196 QUIMPER Cédex
Tél. 02 98 95 04 86 - Fax 02 98 95 06 24

Contact | Plan du site | Mentions légales

suivez nous sur facebook Suivez nous sur twitter

une création : www.studioentete.com