L’enseignement agricole au Likès de 1919 à 1940

La période de l’entre deux guerres marque la véritable entrée dans le 20ème siècle. Les jeunes cultivateurs qui sont revenus des « champs de bataille », pendant leurs longs séjours au Front, ont découvert un autre monde, d’autres personnes et d’autres idées. La société traditionnelle en est ébranlée. La ville attire par son mode de vie et les métiers qu’elle propose.

JPEG - 82 koGroupe d’élèves dans la salle d’agriculture

Les raisons du déclin de la formation agricole au Likès

L’évolution économique et sociale

« Beaucoup de jeunes cultivateurs n’ont plus confiance dans l’avenir de leur profession. Il n’est pas rare de voir les meilleurs et les plus capables déserter les champs : on ne veut plus être appelé paysan…
Certes, le travail aux champs est pénible ; les journées sont longues parfois, la vie paraît austère et monotone.
Être bureaucrate, fonctionnaire, marin… cela paraît plus agréable.
 »

Le Likès n’est plus « l’école spéciale pour les enfants de la campagne » ouverte en 1838 et qui préparait les enfants à prendre la succession de leurs parents. Ses responsables doivent adapter la structure aux besoins de l’économie et aux aspirations des familles et des élèves.

JPEG - 48.2 koOrganigramme des études au moment où Le Likès va ouvrir une section secondaire.

Aux besoins en formation pour les activités agricoles puis industrielles et commerciales vont s’ajouter les besoins pour des personnels d’un haut niveau de culture générale.

Après avoir été le premier établissement d’enseignement agricole du Finistère avec la Chaire d’Agriculture, financée par l’État et le Conseil Général, entre 1843 et 1886, le Likès va devenir la première école technique du département en décembre 1936.

Depuis juillet 1930, l’école a, officiellement, le titre d’établissement d’enseignement secondaire. Le Likès prépare des élèves au titre envié de bacheliers. En 1931, au premier bac, il y aura 10 élèves de reçus sur 12 candidats présentés (soit 83% de réussite !).

JPEG - 66.7 koOrganigramme des études en 1938

L’ouverture du Nivot en 1923

Le Likès n’est plus la seule école privée enseignant l’agriculture en Cornouaille. En 1922, grâce à la générosité de M. et Mme Chevillotte, une école professionnelle d’agriculture est en construction au Nivot en Lopérec, près de Châteaulin. La première pierre est posée par Mgr Duparc, Évêque de Quimper très inspiré et aux accents bucoliques.

« Dans ce cadre merveilleux le pittoresque peut supporter sans crainte le voisinage du progrès : le passage de la charrue, la belle ordonnance des champs, l’utilisation des cours d’eau n’y sauraient altérer la poésie des sites, la grâce des vallons ni la sévère beauté du vieux sol breton dont perce çà et là l’ossature granitique.

Ce contraste harmonieux de l’immuable et du progrès, du passé et du présent, qui fait à la Bretagne son charme si prenant, se manifeste encore au Nivot dans l’intime association du progrès agricole et de la tradition terrienne. »

La rentrée dans la nouvelle école dirigée par les Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel et M. Hyacinthe Belbéoc’h, ingénieur agronome, a lieu en octobre 1923.

En 1932, la section agricole du Likès ne compte plus qu’une soixantaine d’élèves pour un effectif s’élevant à 651, soit moins de 10% du total.

Les formateurs de la Section agricole.

Il n’y a plus de Chaire d’agriculture. Les cours sont assurés par des professeurs de l’école. Le premier d’entre eux est Alexis Raguénès (au Likès de 1919 à 1926) puis vient François Broudeur (professeur au Likès de 1922 à 1928, date à laquelle il devient économe), Pierre Le Nair, ingénieur agronome (au Likès de 1925 à 1934) et enfin Jean Jaouen, ingénieur agronome, qui sera responsable de la section de 1934 jusqu’à la guerre et son départ pour rejoindre les Forces Françaises Libres à Londres.

L’enseignement reste, comme au 19ème siècle, sous la tutelle de la Société des Agriculteurs de France qui définit la formation et qui, tous les ans, délègue un certain nombre de professeurs pour présider les examens de la Section agricole du Likès.

Concrètement, c’est l’Office Central de Landerneau qui établit les épreuves d’examen et qui, dans les années 1920, évalue les candidats sous la présidence de M. Jacq, ingénieur agronome, directeur régional des études agricoles.

JPEG - 77.9 koPhoto de l’Office Central de Landerneau figurant dans le palmarès 1936-1937

La Société des Agriculteurs de France organise aussi des conférences et ses adhérents accueillent régulièrement les élèves de la section pour des visites thématiques à la ferme.

Les Equipements

Après 13 ans d’absence et l’occupation partielle des locaux par les soldats convalescents de la guerre 14-18, les installations de l’école sont bien détériorées.

Dans un premier temps, il faut parer au plus pressé. Pour la ferme, M. Joseph Gautier, le nouveau directeur, qui vient d’arriver fin d’août 1922, fait l’acquisition du matériel agricole indispensable : cheval, charrette, charrue et autres menus instruments. Un break rendra de multiples services jusqu’à l’avènement de l’automobile. Le modeste équipage (cheval et break) fera les courses ordinaires jusqu’en 1931.

JPEG - 78.9 koPhoto d’un cheval illustrant le Palmarès 1936-1937

Dix ans plus tard, après la construction du bâtiment Saint-Joseph qui abrite la section agricole et la construction de nouveaux ateliers modernes et spacieux, les équipements dont disposent les agriculteurs sont devenus très fonctionnels.

Le premier palmarès illustré de 1934 présente ces installations :

« Entrons dans la « Salle d’Agriculture », domaine du professeur ingénieur. Sur les murs, une ornementation agricole du meilleur goût repose agréablement la vue. En un coin de la salle, un musée vous montre des échantillons de produits variés et une bibliothèque permet de vous documenter sur toute question touchant au travail de la ferme.

JPEG - 88 koGroupe d’élèves dans la salle d’agriculture avec M. François Broudeur, professeur d’agriculture puis économe.

Un laboratoire de chimie agricole et une table de manipulations, installés à l’autre extrémité, prouvent que rien n’a été négligé pour rendre les études attrayantes et profitables. D’ailleurs, à la théorie, le professeur tient à joindre la pratique.

JPEG - 54.5 koLes élèves apprenaient à reconnaître les oiseaux

Rendons-nous dans le vaste jardin, nous y remarquerons tout un carré réservé à la section agricole et qui lui sert de champ de démonstration. C’est pour les élèves un réel plaisir d’y constater les résultats de leur propre travail. Une ferme, annexée à l’établissement, donne matière à maintes expériences ou observations utiles…

A signaler comme objet d’admiration un pressoir hydraulique actionné par un moteur 4 HP., fonctionnant à la façon d’un ascenseur hydraulique et qui permet à un nombre très restreint d’employés de fabriquer, sans peine, en une seule journée, vingt barriques de cidre…

Nombre de ses élèves étant destinés à diriger des fermes importantes, Le Likès a voulu leur faciliter le moyen d’exercer en tous points leur noble tâche. A cet effet, un atelier est aménagé en vue de leur permettre le travail du bois…

Au terme de leur troisième année, les élèves sont tout à fait à même de fabriquer et réparer une foule d’objets dont l’usage est fréquent à la ferme. »

Le Contenu de la formation

Les cours

Le but de la formation agricole au Likès est de « faire comprendre aux petits cultivateurs combien la terre, loin d’être ingrate, recèle d’inépuisables ressources qu’elle livre avec abondance au travailleur intelligent ; de leur apprendre les diverses façons d’améliorer leurs terres par l’emploi judicieux des amendements et des engrais ; de leur signaler les cultures les plus rémunératrices et les méthodes les plus avantageuses. »

JPEG - 38.1 koMatières donnant lieu à des prix en 2ème année agricole, dans le palmarès 1921-22

Jusqu’aux années 1960, au Likès, l’enseignement général et l’enseignement professionnel n’ont jamais été séparés. Un élève de la section secondaire devait suivre une formation professionnelle industrielle, commerciale ou agricole et un élève des sections professionnelles devait avoir une formation générale de qualité lui permettant de poursuivre des études après avoir quitté Le Likès.

En 1929 le bulletin des anciens notait :
« Il est en effet, très important que ces jeunes gens, appelés à remplir un rôle social assez étendu dans leur milieu paysan, y soient préparés par une culture générale suffisante ; or, le programme actuel du brevet rempli largement ces desiderata en Français comme en mathématiques, en sciences et en dessin. Il est grandement à désirer qu’un grand nombre de nos agriculteurs puissent ainsi achever leurs études en faisant leur 3ème année.

Notre but est de former une élite paysanne, instruite et laborieuse - élite dont le rôle plus tard sera d’éclairer et de diriger leurs voisins ou leurs ouvriers. »

Les exercices pratiques

Les travaux pratiques se font dans la ferme de l’établissement où les élèves disposent d’un carré réservé pour les expériences.

Les élèves sont aussi invités à la taille des arbres. Ils plantent des jeunes poiriers, des camélias, des rhododendrons et greffent plusieurs plants…

Les excursions agricoles

Les visites agricoles se font le jeudi. Pour s’y rendre, les élèves utilisent plusieurs moyens.
- Pour visiter, à Guengat, « la laiterie moderne de la gare », ils prennent le train vers Douarnenez,
- Les excursions, pour visiter « les belles fermes de Poullan, de Pouldavid, de Plonévez-Porzay, de Châteaulin, de Bannalec », se font en autocar.
- Les grands élèves vont à bicyclette. Pour aller visiter la ferme de M. Le Gac, à Lesvren, en Plonévez-Porzay, « ils gravissent avec entrain la rude côte de Plogonnec… »

Ces excursions ont pour but :
1° de développer chez les élèves l’esprit d’observation ;
2° de leur rendre claires et compréhensibles les notions pratiques de l’enseignement ;
3° de leur faire apprécier les avantages des bons procédés de culture et d’élevage ;
4° de montrer les avantages de l’ordre, de la propreté et de l’économie par les heureux résultats que ces qualités procurent, et par les nombreux inconvénients que leur absence occasionne ;
5° enfin, elles sont de nature à faire estimer la noble et utile profession d’agriculteur en indiquant les moyens de la rendre prospère et lucrative.

Tantôt, un seul objet d’étude est déterminé à l’avance. C’est, par exemple, le fonctionnement d’une machine, l’exécution de certains travaux, la manière de reconnaître l’âge des animaux de la ferme…

Tantôt, l’excursion, tout en ayant un objet spécial d’étude, s’étend aussi sur d’autres sujets instructifs rencontrés au cours de la promenade. Ici, c’est une coupe de terrain mettant à jour le sol et le sous-sol ; là, des terres différentes, des plantes caractéristiques d’un sol…

On verra encore un système d’irrigation, de drainage, une petite centrale électrique installée sur un cours d’eau, un animal qui présente tel caractère, une exploitation complète, etc...

Les excursionnistes sont tous munis d’un carnet et d’un crayon, non seulement pour transcrire les remarques faites par le professeur ou les gens de métier que l’on interroge, mais aussi pour prendre au besoin un croquis, un tracé rapide qui plus tard parlera aux yeux et rappellera la forme de l’objet étudié.

JPEG - 81.4 koLes lieux des excursions faites en 1934-35 sont soulignés.

Les activités extra-scolaires

La section agricole participe aux multiples activités sportives, culturelles et religieuses de l’ensemble du pensionnat.

Comme les industriels ont la Saint Eloi et les commerçants la fête du Bienheureux Salomon, les agriculteurs honorent Saint Isidore, le patron des agriculteurs qui est fêté en mai.

JPEG - 62.2 koSant Izidor benniget, patroun al labourer

« Si vous voulez avoir la clef de tous ces succès, saluez avec dévotion le grand saint Isidore, qui occupe toujours ici la première place non seulement dans les salles des cours mais surtout dans le cœur de tous les étudiants.

Sant Izidor benniget, patroun al labourer,
Ra vo meulet hoc’h hano, dre holl, e peb amzer ;
Al labourerien douar a c’houlen ho pennoz,
Ma vint ganeoc’h sikouret da vont d’ar baradoz
. »

La Jeunesse Agricole Catholique

Entre les deux guerres, la majorité des élèves du Pensionnat Sainte-Marie adhèrent à un mouvement de jeunesse : Scoutisme, Conférence Saint-Vincent-de-Paul, Congrégation de la Très Sainte Vierge, Jeunesse Maritime Chrétienne, Jeunesse Étudiante Chrétienne…

Les élèves de la Section agricole sont adhérents de la Jeunesse Agricole Catholique. Un groupement jaciste existe au Likès depuis le 12 mars 1932, date de son affiliation à la J.A.C. nationale.

Ce jour-là, une « journée rurale » avait été organisée chez les Dames de la Retraite, à Quimper, avec des délégués des sections jacistes de Briec, de Penhars, de Mahalon, de Saint-Yvi, de Pleyben, de Pluguffan, de Scaër, de Plougastel-Daoulas, d’Ergué-Gabéric.

Tous les élèves agriculteurs de 3° et 2° années font partie de cette section « Jaciste ».

JPEG - 82.5 koLes membres de la J.A.C. dans le palmarès 1934-35

La J.A.C. est « le mouvement des jeunes agriculteurs catholiques décidés à agir sur leur milieu afin de recréer au village une société plus chrétienne. Son but n’est pas seulement de rendre aux jeunes gens l’amour de la terre et la fierté du métier, mais il veut aussi les préparer à leurs tâches familiales, sociales, professionnelles et civiques de demain. »

Les adhérents du mouvement se réunissent tous les dimanches dans la salle d’agriculture où ils s’exercent aux méthodes des Cercles d’études ; ils apprennent des chants jacistes et se préparent à agir après leurs études dans leurs campagnes. Un seul principe dominera leur action sociale : « la nécessité de faire régner la justice et la paix au village dans une atmosphère de collaboration fraternelle. »

Tous sont abonnés à la revue bi mensuelle « La Jeunesse Agricole »

Avec la guerre, l’occupation de l’école et l’engagement de Jean Jaouen dans les Forces Françaises Libres, la section agricole est provisoirement fermée.

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Retour à La Chaire d’Agriculture Départementale, au Likès, de 1843 à 1886

Retour à La Chaire d’Agriculture likésienne de 1886 à 1906

Publié le : samedi 22 juin 2013

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