Les Anciens de Saint-Yves, morts à la « Grande Guerre ». (1ère Partie).

Le Dimanche 18 Mai 1924, au cours de la 3ème réunion des Anciens Élèves de l’École Saint-Yves, Mgr Duparc, Évêque de Quimper et de Léon procédait à la bénédiction du monument commémorant le souvenir des quarante-sept Professeurs et Anciens Élèves tombés au champ d’honneur.

JPEG - 73.3 koVue de Saint-Yves avant 1930. La chapelle devait se trouver au 1er étage sur la droite de la façade. Au fond, les bâtiments du Likès.

La messe matinale avait été célébrée par un ancien élève, M. l’Abbé Corentin Lozach’meur, le premier élève de l’Institution, fondée en 1898, à devenir bachelier en juillet 1903. Il avait lui-même combattu en 14-18 et sera un futur Grand Résistant de la guerre 39-45, en étant aumônier du Likès.

JPEG - 82.4 koLe monument au Morts de 14-18, dans le vestibule d’entrée du Collège Saint-Yves

Après une allocution de Monseigneur Duparc et le chant du Libera, le clergé, les parents des anciens saint-yviens morts à la guerre, les anciens et les actuels élèves de l’École, se rendent dans le vestibule d’entrée pour la bénédiction du monument commémoratif conçu par M. Charlet et offert par MM. J. et R. Henriot (anciens élèves de Saint-Yves) qui l’ont fait exécuter dans leurs ateliers.

JPEG - 59.9 koDon de J. et R. Henriot - Posé par P. Caillot

Sur les plaques d’émail blanc, s’inscrivent les quarante-sept noms des morts de Saint-Yves dans l’apparence que décrit « La Semaine religieuse du Diocèse de Quimper et de Léon » :

JPEG - 104.6 koLe monument aux morts contient la liste des 46 anciens de Saint-Yves, morts pour la France.

« Ils ressortent admirablement dans un entourage de branches de laurier et de chêne, surmontant un trophée et, dominant le tout, une croix. L’ensemble harmonieux a bien le caractère de piété et de grandeur dans la simplicité qui convient. »

JPEG - 41.9 koLa ruche était l’emblème du Collège Saint-Yves avec pour devise : Fide et labore (Par la Foi et le travail)

JPEG - 62 koEmblème de l’école Saint-Yves

Le président de la jeune Amicale des Anciens Élèves, M. Pilven, déclare :
« C’est en Dieu qu’ils ont trouvé le courage de supporter les souffrances et les angoisses de la guerre, d’en affronter les périls et d’accepter la mort. Bons Français, ils furent aussi et avant tout de bons chrétiens. Il ne suffit pas de conserver leur mémoire, il faut aussi suivre le grand exemple qu’ils nous ont légué. »

L’an prochain, il y aura 100 ans que la guerre de 14-18 a été déclarée.

Combien de professeurs, d’élèves, de parents ou de visiteurs ont jeté furtivement un œil sur cette plaque en entrant dans l’école ? Combien ont tenté d’imaginer ces 47 victimes d’une guerre déclenchée il y a 99 ans ?

Depuis de longues années, empruntant ce hall d’entrée, j’essayais d’imaginer ces braves d’entre les braves, englués dans la boue des tranchées, s’abritant sous les bombardements ennemis ou se lançant une fois encore à l’assaut dérisoire d’une position ennemie qu’il faudra encore abandonner avant d’encore l’attaquer…

En consultant la presse de l’époque, mise en ligne par les archives départementales et les archives du diocèse, j’ai retrouvé quelques témoignages sur ceux qui disaient :
« Demain sur nos tombeaux
Les blés seront plus beaux… »

La première partie de ce dossier est consacrée aux quatre anciens professeurs et surveillants de l’école.

M. l’abbé Yves Bothorel, mort le 6 mai 1916.

Yves Bothorel est né à Lennon en 1888, ordonné prêtre en 1913, il est immédiatement nommé surveillant à Saint-Yves. Un an après, il est appelé sous les drapeaux.

JPEG - 57.8 koInformation du Progrès du Finistère (17 Juin 1916)

Une lettre de M. l’abbé Charles Grall donne ces quelques détails sur la mort du jeune et regretté surveillant de Saint-Yves :

« M. Bothorel a été tué net d’un gros éclat d’obus à la tête, dans la matinée du 6 Mai. Nous nous trouvions dans une tranchée de seconde ligne, laquelle n’était pas, somme toute, très bombardée.

Mais Dieu a ses desseins : une rafale d’obus de gros calibre vint s’abattre vers l’endroit où se trouvait mon malheureux ami, à une cinquantaine de mètres de moi, et le dernier, hélas ! éclata juste à ses pieds, le tuant raide et blessant grièvement son voisin que j’eus le temps d’extrémiser... »

M. l’Abbé Jean-Marie CONSEIL, mort le 4 Septembre 1916.

Jean-Marie CONSEIL est né en 1884 à Cléder. Ordonné prêtre en 1912, il est nommé surveillant à l’École Saint-Yves. Un an après, en 1913, il quitte Saint-Yves pour un poste de vicaire à Saint-Mathieu de Morlaix.
Appelé au service de la patrie, il devient caporal brancardier au 219ème Régiment d’infanterie. Cité à l’ordre de l’Armée, pour sa conduite courageuse sur les champs de bataille de la Somme, il est décédé le 4 Septembre, atteint de deux balles au côté, pendant qu’il sauvait la vie à un sergent de sa compagnie.

JPEG - 44.3 koInformation du Progrès du Finistère (16 Septembre 1916)

La Semaine Religieuse du Diocèse de Quimper et de Léon a publié une nécrologie détaillée dont voici quelques extraits :

« A sa sortie du Grand Séminaire, il fut nommé surveillant au Collège Saint-Yves à Quimper. Là, il s’imposa l’estime de tous par son amour du devoir, sa piété qui ne se démentit jamais et sa délicatesse exquise dans les relations.

Mais aux yeux de beaucoup, il apparaissait surtout une nature idéaliste, douée d’une imagination brillante et d’un sens artistique très fin et très sûr. Il peignait avec un vrai talent. Des maîtres qu’il consulta lui donnaient l’avis de consacrer à la peinture toutes les ressources de son art.

C’était aussi son désir secret, bien qu’il y eût au fond de lui-même une ambition tout autre et plus haute. Chez lui, l’artiste passait au second plan. Ses oeuvres traduisaient son âme et cette âme, riche de noblesse, ardemment éprise d’idéal, était avant tout celle d’un apôtre.

Des supérieurs clairvoyants le devinèrent et, subitement, sans raison apparente, brisèrent tous ses rêves d’avenir artistique en le nommant vicaire à Saint-Mathieu de Morlaix… »

« … Il partit pour la guerre, le coeur léger, armé comme pour une longue et rude campagne. C’était une autre tâche qui s’offrait à son activité. Peu lui importait le lieu ou la paroisse. Il était sûr qu’il y aurait du bien à faire là-bas. C’était assez... »

« …Tous savent maintenant combien ses souffrances doucement acceptées et son abnégation constante, son ardeur à choisir de préférence les places et les missions périlleuses, son activité sereine sous les pluies d’obus et les volées de mitrailles, ont gagné d’âmes au Bon Dieu dans le 219e de Ligne, qui a eu l’honneur de le posséder durant deux longues années de guerre.

Tous savent ce qu’il y eut d’héroïque dans sa mort.

Ah ! la mort, il ne la craignait pas. Il y a longtemps qu’elle était devenue, au contact perpétuel du danger, sa compagne familière. Quand il ouvrait son coeur, il aimait à commenter, dans cette langue brillante qui était la sienne, expression fidèle de son âme d’artiste, le beau mot du martyrologe, appliqué à la mort des Saints : Dies natalis.

Lui qui écrivait, le 4 Septembre 1916, le jour même où il est tombé mortellement blessé, en donnant sa vie pour ses frères, dans l’exercice de la suprême charité :
« Deux seules choses comptent pour moi, le Bon Dieu et les âmes qu’Il nous demande »,
il goûte maintenant toutes les joies que le Seigneur réserve aux serviteurs fidèles.

Il pourrait dire, en toute confiance, aux amis qui voulurent adoucir l’amertume et l’horreur des derniers instants :
« Allez à vos frères, à ceux que vous pouvez encore sauver. Moi je ne meurs pas. C’est l’heure de ma naissance, l’heure de mon entrée au paradis. »

Les circonstances de sa mort.

Le Progrès du Finistère, du 16 Septembre 1916, nous livre le témoignage d’un aumônier de la même division, témoin des circonstances qui allaient lui être fatales :

« Lundi dernier, 4 Septembre 1916, notre Division a, de nouveau, pris part à une grande attaque. L’attaque eut lieu à 2 heures. Un quart d’heure avant, l’abbé Conseil me quittait pour rejoindre son poste.

Sachant que sa bravoure allait quelquefois presque jusqu’à la témérité, je lui conseillai la prudence. Il me répondit que, évidemment, « il ne se jetterait pas volontairement au devant des balles et des obus, mais qu’il entendait remplir pleinement son devoir de caporal brancardier ». Il le fit, de fait, jusqu’au sacrifice de sa vie.

Quelques instants après, on nous le ramenait grièvement blessé. Voyant un sergent de sa compagnie, le sergent Chevillotte, tomber blessé en se portant à l’attaque, l’abbé Conseil sortit de la tranchée pour le panser et le ramener. Il fut atteint, à ce moment, au côté par deux balles. Je ne pouvais me résigner à croire que Dieu nous l’enlevait, lui aussi.

Et pourtant, tout espoir était impossible. La mort avait déjà marqué son visage de son empreinte. Lui-même, d’ailleurs, se rendait parfaitement compte de son état et offrait à Dieu le sacrifice de sa vie pour l’Église et pour la France. J’appris, le lendemain, que M. Conseil avait succombé trois quarts d’heure après son arrivée à l’ambulance. Il a été inhumé dans le cimetière de... »

M. Hyacinthe PARMENTIER, mort le 14 Octobre 1916.

Hyacinthe Parmentier, de Douarnenez, a été quelques temps professeur de sciences, au Collège Saint-Yves, avant de devenir industriel dans sa ville natale. Avant la guerre, il avait été réformé. Après la déclaration de guerre, il voulut s’engager. Son état de santé aurait dû le retenir à l’arrière. Mais il tenait à être en première ligne.
Il était maréchal des logis dans un régiment d’artillerie engagé dans la bataille de Verdun. Il a été tué, par un éclat d’obus à la tête, à l’âge de 33 ans.

JPEG - 44.8 koInformation du Progrès du Finistère (28 Octobre 1916)

Hyacinthe Parmentier était Croix de guerre. Voici la citation qui accompagne cette décoration :
« Sous-officier observateur d’un zèle et d’un courage exemplaire... Le 14 Octobre 1916 a été tué, victime de son dévouement, en se plaçant à découvert près de son observatoire pour mieux repérer le tir des batteries en action. Verdun ». - (Ordre du régiment.)

M. l’abbé René LANCIEN, mort le 23 juin 1917.

René-Nicolas Lancien est né à Plouézoc’h en 1883. Devenu prêtre en 1911, il rejoint l’Ecole Saint-Yves l’année suivante, comme professeur de troisième. Il enseigne pendant deux ans puis, en 1914, il est appelé sous les drapeaux pour défendre la Patrie.

Comme beaucoup de prêtres, il fait partie d’un groupe de brancardiers :

En juillet 1915, il est cité à l’ordre du jour du Corps d’armée :
« Mis à la disposition d’un service de brancardiers règlementaire, est parti comme volontaire, sous un bombardement violent, pour relever un commandant d’infanterie blessé, entre les lignes françaises et ennemies. »

La Semaine religieuse nous raconte les derniers jours de sa courte existence :

« Il avait rejoint le 80e régiment d’infanterie, vers Pâques dernier. Avec plusieurs de ses confrères, il avait aidé, avec un grand zèle, aux Pâques des soldats.
Au moment de la fête du Sacré Coeur, son bataillon se trouvait être au petit repos. Il se dépensa beaucoup là encore. C’est lui qui, pendant la messe du bataillon, avait prononcé la Consécration.

Avant de descendre au grand repos avec la division, le bataillon dut remonter trois jours en ligne. C’est alors que le Bon Dieu devait venir prendre le cher M. Lancien.

Il venait de quitter la garde, la nuit, au créneau. Il se reposait dans un petit abri de fortune, lorsqu’une énorme torpille vint écraser l’abri et l’y ensevelir.

Quand on le retira, il était déjà mort. Aucune trace de blessure : il a dû mourir étouffé. Sa pauvre figure était noire et congestionnée.

M. L., aumônier titulaire, alors au poste avancé, a tenu à faire l’enterrement. Le corps de M. Lancien repose au cimetière militaire du bois de Béthelainville (Meuse).

Sa mort a beaucoup peiné ses confrères, ses camarades qui avaient eu l’occasion d’apprécier sa modestie, son zèle, son esprit apostolique, sa piété. Il ne reculait pas devant les sacrifices les plus méritoires pour avoir la consolation de célébrer la sainte messe.

C’est une perte aussi pour le diocèse, et surtout pour l’enseignement.

Toutes les fois qu’il venait en permission, il renouvelait sa provision d’auteurs pour rendre plus agréable, disait-il, le séjour des tranchées et des cantonnements ; mais plutôt pour se rendre plus utile à ses élèves. »

JPEG - 80.1 koEncart dans le Progrès du Finistère (6 octobre 1917)

M. l’abbé Lancien est mort au champ d’honneur le 23 juin 1917, à l’âge de 34 ans. Un Service a été célébrée pour le repos de son âme le mardi 9 Octobre 1917, dans la Chapelle de l’École.

2ème Partie

3ème Partie

Publié le : dimanche 26 mai 2013

LE LIKès | La Salle - Quimper

20, Place de la Tourbie - 29196 QUIMPER Cédex
Tél. 02 98 95 04 86 - Fax 02 98 95 06 24

Contact | Plan du site | Mentions légales

suivez nous sur facebook Suivez nous sur twitter

une création : www.studioentete.com