Les Anciens de Saint-Yves, morts à la « Grande Guerre ». (2ème Partie).

Sur les 43 anciens élèves de Saint-Yves morts au champ d’honneur, nous retrouvons, dans « Le Progrès du Finistère », 25 noms avec les dates et, souvent, les conditions du décès.

Pour les 18 anciens non présents dans les colonnes, il existe quelques informations sur le site memorial-genweb.

Dans cette deuxième partie, nous nous intéressons à deux de ces anciens élèves que « Le Progrès » met particulièrement en valeur dans deux longs articles. Il s’agit de deux très brillants collégiens qui se sont vu attribuer le Prix de l’École Saint-Yves, décerné à l’élève interne qui pendant trois ans au moins s’est signalé par son travail, son bon esprit, sa bonne tenue...

En 1910, le prix a été attribué à Guillaume Le Doaré et en 1911, à Bertrand d’Amphernet.

Guillaume Le Doaré.

Un élève très brillant.

Les comptes-rendus des distributions de prix à l’école Saint-Yves, publiés par la Semaine Religieuse et le Progrès du Finistère, signalent les élèves les plus brillants au cours de l’année scolaire et les candidats ayant subi avec succès les épreuves du baccalauréat.

Chaque année, le nom de Guillaume Le Doaré, de Plomodiern, apparaît avec son compère Guillaume Auffret, de Pleyben.

En 1909, il est élève de première. Il se présente à la fois aux premiers baccalauréats latin-grec et latin-langues. Il décroche la mention Assez Bien aux deux séries.

En 1910, les responsables du Collège lui décernent le « Prix de l’École Saint-Yves » et cette même année, il obtient la 2ème mention au Concours de l’Institut Catholique de Paris pour l’épreuve de philosophie. Au baccalauréat de philo, il décroche la mention Assez Bien.

Après son Bac, Guillaume Le Doaré s’était inscrit à l’université catholique d’Angers pour suivre des études de Droit. « Et toutes les espérances que l’on fondait sur lui, il était de taille à les tenir. »

Le militant de la Jeunesse Catholique.

Guillaume Le Doaré fonde le groupe de la Jeunesse Catholique de Plomodiern. En 1913, au Congrès de Quimper de cette Jeunesse Catholique, il présente un rapport, très applaudi, sur les obligations (il n’y a pas que des droits !) des jeunes gens en matière d’études et d’action sociale (Semaine Religieuse de 1903 - p 432). Il y déclare notamment :

« Il faut agir : mais il faut réfléchir avant d’agir, pour bien agir. Les œuvres ne s’improvisent pas et leur solidité dépend des études approfondies qui ont précédé la fondation…
… L’étude n’est pas sa fin à elle-même. Elle n’est qu’un moyen. Au bout de ces obscurs travaux des veillées d’hiver, de ces pénibles enquêtes, nous voyons comme une floraison superbe, les œuvres variées et couronnées de succès que nos groupes ont fondées dans toutes les régions de la France ; œuvres solides et fécondes, toutes inspirées par l’esprit religieux, elles ont été préparées par une étude lente et ordonnée. »

L’éloge de M. l’abbé Duval.

M. l’abbé Edmond Duval, arrivé comme professeur de rhétorique en 1903 devint ensuite professeur de philo. A ce titre, il fut le professeur de Guillaume Le Doaré.
« Après l’avoir suivi de près dans ses très brillantes études, écrit-il, je lui avais voué une de ces affections les plus inaltérables qui soient, parce qu’elles sont faites d’une confiance sans limite et d’une estime à toute épreuve. »

M. Duval écrivait aussi dans le Progrès et c’est lui qui signe de ses initiales E. D. le beau compliment paru le 13 Novembre 1915.

« Au plaisir, au très grand plaisir de vous revoir ! » , m’écrivait-il le jour même de la mobilisation. « Et si je ne dois plus revenir, j’espère que le Bon Dieu me recevra là-haut ! »

J’avais montré à quelques intimes cette carte toute simple ; mais dans ses quelques lignes, si brèves, se reflétait une âme si pure, un coeur si grand que tous avaient fait la même réflexion : « Pourvu que Dieu le garde » !

Le Bon Dieu ne l’a pas voulu. Et nous ne reverrons plus, - qu’au Ciel ! [1]- le beau jeune homme au front bien haut, à l’œil bleu clair, au cœur si droit qui dort là-bas près de l’hôpital d’Auvelais, sur une terre, qu’avec tant d’autres, il essaya de disputer à l’invasion des Barbares. »

Mort « au Champ d’Honneur ».

JPEG - 118.5 koAvis paru dans le Progès du Finistère.

Le 22 Août 1914, Guillaume Le Doaré est atteint par les balles allemandes, à la bataille de Charleroi, en Belgique. Un de ses amis intimes a adressé une lettre annonçant la triste nouvelle à sa famille. Elle est reproduite dans l’article d’Edmond Duval.

« ...A la seconde attaque, nous restâmes sur le champ de bataille. J’y restais trois jours, et, en arrivant, ma première parole fut pour demander si on ne connaissait pas le caporal Guillaume Le Doaré. Par bonheur, la dame qui me soignait le soignait aussi, mais dans un autre hôpital.

Blessé aux deux jambes et aux deux bras, lorsque l’on m’eut amputé le bras droit, dès le lendemain 1er Septembre, j’allais le voir. Quelle joie, quand nous nous vîmes, parce que Guillaume, quoique ayant reçu une balle dans un oeil et quoique bien myope, me reconnut et nous nous embrassâmes. Il était, de plus, atteint d’hémiplégie gauche...

Je demandai, et lui aussi, qu’on le transportât près de moi à mon hôpital. Le lendemain, on l’amena. A partir de ce moment, il délira presque tout le temps. Il parlait, et, disait-il, il voyait les Anges qui l’attendaient et souvent aussi de ses parents.

Guillaume est mort près de moi, à 7h. 1/2 du matin, vers le 2 ou 3 Septembre, au moment où l’infirmière le quittait après l’avoir veillé toute la nuit... Guillaume est mort en chrétien et en soldat, comme un saint. Il demanda pardon à ses parents et à nous tous en disant : « Pour Dieu et la Patrie » !

Il mourut aussi comme un Breton qui aime mieux la mort que la honte de reculer devant l’ennemi. »

Bertrand d’Amphernet.

Il aura sans doute été le premier, ancien de Saint-Yves, mort à la Grande Guerre. Pourtant, très longtemps après l’armistice, sa famille et ses amis espéraient encore le revoir. En juillet 1919, son corps, retrouvé, fut inhumé à Drouville en Meurthe et Moselle.

Le Progrès du Finistère, dans son édition du 10 octobre 1919, a rendu un bel hommage, à celui qui fut un des premiers élèves de l’école Saint-Yves, fondée en 1898 par les Pères de l’Immaculée Conception. Il connut ce premier Saint-Yves avant les expulsions de juillet 1903. « Aucun autre, aimait-il dire, n’aura passé dans cette maison autant d’années que moi ».

Un élève modèle.

En 1903, à la Distribution des Prix, Bertrand d’Amphernet figure en seconde place des lauréats de huitième. Il récidive en 1905, en classe de sixième.

En 1910, il prépare et obtient la première partie du baccalauréat, section latin-grec. Cette année-là, les six candidats de Saint-Yves inscrits dans cette option sont reçus ! Il obtient également la 1ère mention au concours de l’Institut catholique de Paris pour l’épreuve de Français.

En 1911, il fait encore partie des élèves les plus récompensés à la Distribution des prix. Il se voit décerner le Prix de l’École Saint-Yves et quitte son collège après avoir décroché le diplôme du bac de Philo.

« Pieux, d’une piété fervente et droite, il était aussi d’une régularité parfaite et donnait par ses succès aux examens et aux concours la preuve de son activité et de la valeur de son travail ; ses condisciples trouvaient en même temps en lui le camarade le plus prévenant, le plus obligeant, le plus loyal, d’une loyauté à toute épreuve. »

Après Saint-Yves, il prépare Saint-Cyr. Il y achevait sa 2ème année lorsque s’ouvrirent les hostilités.

Sous-lieutenant au 156e d’infanterie.

« Parti dès les débuts avec le « Premier Bataillon de France », il était bientôt nommé sous-lieutenant au 156e d’infanterie. Le 17 Août 1914, il subissait avec « bonheur », écrivait-il, le baptême du feu ; le 24, il était blessé de deux balles, à Drouville (Meurthe-et-Moselle), à la bataille de Courbesseau... puis il disparut... »

JPEG - 78.9 koAvis paru dans le Progrès du Finistère

Comme témoignage de ses derniers instants, le Progrès cite deux lettres :

La première il l’écrit à sa maman :
« J’ai été trouver à Troyes un bon curé qui m’a confessé avant de partir, de sorte que je suis préparé maintenant à toute éventualité... Je reviendrai, s’il plait à Dieu ; s’il en décide autrement, vous aurez toujours la consolation, ma chère maman, de savoir que votre fils a donné sa vie pour sa patrie et qu’il était préparé pour le grand voyage ».

Une autre lettre, d’un de ses camarades à Mme d’Amphernet, nous apprend dans quelles conditions héroïques, blessé, il refusa de se laisser relever par ses hommes :
« II fut transporté par eux dans le fossé bordant la route, à l’abri des balles ; l’ennemi devenant très pressant, il intima à ses hommes l’ordre de se retirer et de le laisser là ; il dut, à plusieurs reprises, renouveler cet ordre, et ses hommes ne lui obéirent, la douleur et la rage au cœur, que lorsqu’il leur eut affirmé qu’il s’en tirerait tout seul »...

Cinq ans après, on a su enfin « qu’il avait terminé le grand voyage, quand celle et ceux à qui sa vie était si chère le croyaient encore sur la route… »

1ère Partie

3ème Partie

Notes

[1M. Duval devait le rejoindre rapidement puisqu’il est décédé le mercredi 3 Février 1916, à l’âge de 36 ans

Publié le : mercredi 29 mai 2013

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